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le corbeau 2

 

Le corbeau, comme nombre d’oiseaux de la famille des corvidés (des passereaux comprenant 130 espèces de corbeaux, corneilles, pies, témias et geais), présente en effet de la matière grise en abondance.  Il est le surdoué de la famille, certains chercheurs le décrivant comme un Einstein à plumes.  Leurs observations le révèlent capable de résoudre des problèmes, de fabriquer des outils ou d’imaginer des manœuvres de tromperie pour arriver à leurs fins.  Cette intelligence exceptionnelle serait apparue, au cours de l’évolution, sous l’effet de deux facteurs : la vie en société et un régime alimentaire omnivore.

la vie en société

Les corbeaux se reproduisent avec succès, jusqu’à 5 à 7 oisillons par portée.  Un corbeau peut vivre jusqu'à 50 ans.  Cette longévité lui permet une organisation sociale élaborée et une formation de clan : lorsqu’un couple niche, des rejetons des années précédentes - jusqu'à l’âge de 5 ou 6 ans - supportent l’élevage des nouvelles couvées par leurs parents en les nourrissant et contribuent au succès de l’espèce...

un régime alimentaire omnivore

Cet oiseau a une grande facilité d’adaptation.  Omnivore, capable de se sustenter de nombreuses manières, il ne doit pas migrer car il adopte une alimentation opportuniste, diversifiée, variable en fonction de ce qu’il trouve ou de ses préférences.  Sa masse corporelle lui confère une isolation thermique qui l’aide à braver toutes les types d'intempéries.  En outre, c’est un gros oiseau, bagarreur s'il le faut (surtout la corneille, qui l’emporte toujours sur les plus petits oiseaux lorsqu’il s’agit de s’approprier la nourriture...)

une intelligence exceptionnelle

L’internet regorge d’anecdotes révélatrices de comportements souples et innovants de corvidés, capables d’établir une relation de cause à effet.

On a observé un corbeau qui volait les prises des pêcheurs en tirant sur leurs lignes, immergées à travers des trous dans la glace, au moment où de petits drapeaux signalaient qu'un poisson avait mordu à l'hameçon.

Un corbeau en captivité humidifiait sa nourriture lyophilisée lorsque son propriétaire oubliait de le faire : il remplissait d'eau une petite tasse en plastique avant de l'apporter jusqu'à sa mangeoire.

Le corbeau, comme d'autres oiseaux et comme les primates, sait ouvrir des noix et coquillages ou utiliser des outils pour rechercher de la nourriture, en développant des techniques qui lui sont propres, comme laisser tomber les objets durs afin de les briser et d'accéder ainsi à leurs parties comestibles.  Le corbeau utilise parfois une technique plus élaborée, plaçant délibérément des noix sur la chaussée afin qu'un véhicule roule dessus et les casse.

Un étonnant stratagème de tromperie, extrêmement révélateur : s’il y a surabondance de nourriture, une expérience montre qu’un corbeau, biscuit dans la bouche, essaie pourtant d'échapper à l'attention des autres et va cacher son butin, le recouvre d'une touffe d'herbes, puis s'en va. Aussitôt, un autre corbeau, qui l'observait, s'empresse d’aller récupérer le biscuit... Surprise : le biscuit n'est pas là, car mine de rien le premier corbeau l'a caché ailleurs.

 

Et pourtant, cette sombre image est récente.  Nombre de mythologies anciennes louent sa sagesse, sa mémoire et ses dons de prophétie, en lui donnant un aspect protecteur, voire civilisateur, proche du bonheur.  L’animal est souvent perçu comme un intermédiaire entre l’homme et le monde des dieux.

Chez les Scandinaves par exemple, un nom à lui seul évoque le corbeau, celui d’Odin, roi des dieux de la mythologie nordique aux fonctions multiples, appelé aussi Hrafnagud, c’est-à-dire dieu aux corbeaux.

Odin est borgne, ce qui, dans la civilisation scandinave, fait de lui un voyant. 

Deux corbeaux l'accompagnent, perchés sur ses épaules.  Hugin, la mémoire, et Munin, la réflexion et la pensée, oiseaux inséparables de ce dieu souverain et maître du destin des mortels, font de lui le dieu de la connaissance, de la science et du savoir.

A l’aube, Odin les envoie voler à travers le monde entier ; ils reviennent à l’heure du déjeuner et lui glissent ensuite à l’oreille tous les événements qu’ils ont vus et entendus.

 

 

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Nuance importante, plus encore que dieu de la guerre, Odin est le dieu de la victoire, une victoire obtenue par la ruse, la stratégie et l’intelligence davantage que par la force brutale. En ce sens va le corbeau, oiseau fatidique qui sait ce qui va arriver car il est pourvu du don prophétique.

                    Cette fascination exercée par le corbeau sur les peuples nordiques explique sa représentation fréquente sur les bannières des armées vikings, pliant sous le vent et donnant l'impression qu’il bat des ailes.

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Dans la mythologie celtique, le corbeau est associé à Bran (bran signifie corbeau en gaélique), le dieu des navigateurs, car ils l'emmènent avec eux pour le lâcher en temps opportun en pleine mer : son vol indiquera la direction de la terre.

Les Celtes lui attribuent également des fonctions prophétiques : Bodb, déesse de la guerre, observe les batailles sous forme de corneille.  Le cri et le vol de l'oiseau, par ailleurs, sont l’objet d’augures.

Cependant, le corbeau est aussi l’emblème du mal, par opposition au cygne, symbole de pureté.  Charognard, il déchire les chairs des cadavres humains exécutés et abandonnés sur les champs de bataille et est associé aux morts et aux âmes perdues.  La poésie galloise témoigne de ce symbolisme en utilisant la métaphore "le corbeau t’a percé" pour dire "tu es mort".  En outre, les Celtes croient que le corbeau accompagne le soleil dans sa course nocturne, c’est-à-dire aux enfers.

       

ans la mythologie grecque, le corbeau est le messager des dieux, plus particulièrement d’Apollon, l'une des principales divinités.  Follement amoureux de la princesse Coronis, fille du roi Phlégias, il confie à un corbeau blanc la responsabilité de veiller sur sa bien-aimée et de la protéger.  Lorsque le dieu apprend qu’elle lui est infidèle et séduite par un être mortel, Ischys, il est fou de rage et envoie sa sœur Artémis tuer la jeune fille d’une flèche en pleine poitrine, alors qu'elle est enceinte de lui.  Mais pris de pitié pour l'enfant à naître, il arrache ce dernier du ventre de sa mère (qui se consume sur le bûcher) et le porte au centaure Chiron, qui l'élève et lui enseigne l'art de la médecine.

Pour punir l'oiseau de sa négligence, Apollon l'habille d’un plumage noir.

Apollon le charge aussi d'aller chercher de l'eau : distrait par la découverte fortuite d'un figuier dont les fruits ne sont pas mûrs, plutôt que d'accomplir sa mission, le corbeau choisit de rester près de l'arbre en attendant qu'ils soient comestibles... Il est condamné à mourir de soif et remplacé par une chouette, par ailleurs moins bavarde.

 

         

Apollon portant une couronne de laurier ou de myrte, un péplos blanc, un himation rouge et une paire de sandales est assis sur un diphros aux pieds de lion.  Il tient une cithare dans la senestre et verse une libation de la dextre.  Face à lui un oiseau noir identifié à un pigeon, un choucas, une corneille (allusion possible à sa liaison avec Coronis) ou un corbeau (oiseau aux pouvoirs mantiques).

Médaillon d'un kylix attique à fond blanc d'attribution incertaine (Peintre de Pistoxénos, Peintre de Berlin ou Onésimos ?), v. 460 av. J.-C. D. 18 cm.

Provenance : une tombe à Delphes, vraisemblablement celle d'un prêtre. Musée archéologique de Delphes, Inv. 8140, salle XII.

  

 

C'est donc par son égoïsme, sa désobéissance et sa négligence, ou encore par sa fonction de messager des dieux, porteur de mauvaises nouvelles, que le corbeau devient oiseau de malheur chez les Grecs.

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1 - Dans le christianisme, le corbeau apparaît pour la première fois dans l'Ancien Testament, au livre de la Genèse, dans le récit du déluge et de l’Arche de Noé qui en donne l’image d’un animal plutôt infidèle et égoïste.  En effet, Noé, au bout de quarante jours de pluies incessantes, lâche un corbeau, animal impur, pour savoir si l'eau a baissé ou non et si la terre est en vue.  Il ne semble pas capable de comprendre les signes avant-coureurs de la décrue des eaux. Le corbeau tourne en rond, ne fait qu'aller et venir sans vouloir se poser.  Il ne prévient pas de la fin du déluge, et passe donc pour un jouisseur.  Noé choisit ensuite la colombe, animal pur, et la lâche.  Elle reviendra avec en sa bouche une feuille d’olivier, signe que les eaux ont baissé au-dessus des terres.

 

 

 

2 - Mais dans la Bible, le corbeau joue parfois un rôle bénéfique. Permettez-moi de ne proposer que l'exemple ci-après, parmi d’autres...

3 - Le corbeau apparait au chapitre XVII du Livre des Rois, lors d’une longue présentation des monarques ayant gouverné le royaume d’Israël après Salomon.  Pendant le règne du dernier de la liste, Achab, au IXe siècle avant notre ère, c’est la décadence religieuse d’Israël. Les prophètes de Yahvé sont persécutés.  L’impiété est grande...  Elie, le justicier, intervient et dit à Achab : "Par Yahvé vivant, le Dieu d’Israël que je sers, il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie sauf à mon commandement".

 

  

 

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4 - Après une telle insolence, le prophète n’a d’autre alternative que la fuite, car, poursuivi par les milices d’Achab, où pourrait-il se cacher ?  La parole de Yahvé lui est alors adressée en ces termes : "Va t’en d’ici, dirige-toi vers l’orient et cache-toi au torrent de Kerit, qui est à l’est du Jourdain. Tu boiras au torrent et j’ordonne aux corbeaux de te donner à manger là-bas."  Il fait comme Yahvé a dit et part s’établir au torrent de Kerit, à l’est du Jourdain. Les corbeaux lui apportent du pain le matin et de la viande le soir, et il boit au torrent. »

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La mauvaise réputation du corbeau en Europe, récente, correspondrait à l’influence chrétienne sur tous les symboles animaux considérés comme païen.

Dans les civilisations de nomades, de chasseurs et de pêcheurs, le corbeau revêt un aspect positif.

Pour les ethnies indigènes d’Amérique du nord, le corbeau est la personnification de l’Être Suprême chez les Haïdas, ou chez les Tlingits la figure divine centrale qui organise le monde et répand la civilisation et la culture.

Le corbeau n’est pas absent de la symbolique asiatique...

Au Japon, comme il vit en clan dans une organisation sociale élaborée au sein de laquelle il nourrit ses parents - une pratique qui ressemble à la tradition de la société japonaise - , il est l’emblème de l’amour et de la gratitude filiale.

En Chine, il est considéré comme un oiseau solaire.  Des pierres sculptées de l’époque des Hans le montrent au centre du soleil, avec trois pattes représentant le déroulement du cycle solaire sur une journée : lever, zénith et crépuscule.

                 

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En Afrique noire, le corbeau prévient les hommes des dangers qui les menacent ; il est leur guide et un esprit protecteur.

Il est aussi le messager du dieu de la foudre et du tonnerre des Mayas.

Le Coran raconte que les deux fils d’Adam offrent un sacrifice à Allah.  Seul, celui du fils sincère est accepté, et l’autre fils tue son frère.  Allah envoie alors un corbeau qui gratte la terre pour lui montrer comment ensevelir le cadavre de son frère : c'est en le voyant que le fils d’Adam est pris de remords...

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